La pollution numérique,  ou pourquoi repenser son utilisation des outils informatiques

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Il est désormais largement acquis que notre utilisation intensive des petits bijoux de technologie qui remplissent nos vies n’est pas sans impact sur l’environnement. Leur utilisation adjointe à celles des serveurs et réseaux nécessaires à leur fonctionnement consomment plus de 800 TWh par an, soit au moins 100 réacteurs nucléaires, ce qui équivaut au parc américain. Cela représente environ 4% de la consommation mondiale d’électricité[i] et les pronostics d’augmentation dans les quelques années à venir sont édifiants. On pense souvent à l’énergie nécessaire pour faire fonctionner tous ces outils et assurer le stockage des données. Mais on tend à oublier la consommation d’énergie inhérente à leur fabrication. Si l’on inclue la production des équipements, le pourcentage d’utilisation d’énergie monte à 7%. De cette consommation électrique, le CNRS estime[ii] qu’environ « 30 % est imputable aux équipements terminaux – ordinateurs, téléphones, objets connectés –, 30 % aux data centers qui hébergent nos données et 40 % de la consommation est liée aux réseaux ».

 

En termes d’émissions de gaz à effet de serre (GES), 5 à 7% sont imputables à la production des appareils électroniques et à leur consommation énergétique. Le numérique pèse donc plus lourd… que l’aviation (4%)[iii].

Selon Françoise Berthoud, informaticienne au Gricad1, « Si l’on considère la totalité de son cycle de vie, le simple envoi d’un mail d’1 mégaoctet (1 Mo) équivaut à l’utilisation d’une ampoule de 60 watts pendant 25 minutes, soit l’équivalent de 20 grammes de CO2 émis »[iv]. Mais en tête de toutes les utilisations internet l’augmentation galopant du recours à la vidéo a fait exploser ces chiffres ces dernières années[v]. En 2018, le streaming aurait émis plus de 300 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent 1% du total des émissions dans le monde[vi].

 

Mais la pollution émise par le numérique, ne se limite pas à des consommations d’énergie, à des émissions de CO2. La fabrication de notre téléphone, de l’infrastructure de stockage des données de notre entreprise, du data center situé à l’autre bout de la planète qui abrite nos plateformes de streaming favorites, a requis d’importantes ressources : l’extraction de métaux rares mais aussi la consommation d’eau nécessaire à la transformation de ces métaux bruts. La fabrication d’un ordinateur requiert 22kg de produits chimiques, 240kg de combustible et 1,5t d’eau[vii]. Cette fabrication représente ainsi 70 à 80 % des impacts environnementaux du numérique.

 

Et ce dont on fait encore plus abstraction, dans notre course à l’ultra-performance surfant sur de puissants effets de mode, c’est enfin la gestion particulièrement désastreuse de leur fin de vie. 70 à 90% des DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) au niveau mondial suivraient des filières de recyclage non réglementées. Et le trafic illégal des DEEE dans le monde serait équivalent à celui de la drogue[viii]. Le devenir de ces déchets est une bombe à retardement que nos générations futures auront  à payer. Gérés en dépit du bon sens et sans les mesures de protection adéquates, ces déchets représentent une menace de pollution à long terme des sols et des eaux par des métaux lourds, mais exposent aussi à court terme la santé des opérateurs non qualifiés chargés de les trier et de les démanteler[ix]. Et le tableau est encore plus révoltant quand on sait que l’envoi de déchets dans ces filières peu respectueuses de l’environnement donne malgré tout le droit aux entreprises émettrices de comptabiliser ces équipements comme « recyclés ».

 

Ce constat alarmant fait et intégré, vient le temps des solutions à mettre en place pour réduire individuellement et collectivement notre poids numérique sur un environnement de plus en plus sous pression.

De nombreuses initiatives incitent par exemple chacun à revoir ses pratiques pour utiliser moins d’espace de stockage et donc générer moins de CO2. L’association World Cleanup Day France, qui œuvre en premier lieu dans la lutte contre les déchets sauvages, a par exemple lancé une dynamique, rapidement reprise par le réseau international à l’occasion de la Journée de la Terre. Dans un contexte où proposer des nettoyages citoyens en groupe et en extérieur n’est pas envisageable,  l’association propose malgré tout de faire du bien à la planète en allégeant notre impact environnemental en se livrant à un cleanup numérique en plusieurs étapes[x].

 

A cette approche grand public, reste à adjoindre une déclinaison plus complète, appliquée aux entreprises. L’Institut du Numérique Responsable œuvre pour proposer aux entreprises et institution françaises de se pencher de façon concertée et massive sur ce sujet épineux et complexe. En attendant, l’étude GreenIT du WWF[xi] offre une vue d’ensemble de la problématique et des solutions mise en place dans 24 entreprises et  conclue sur une liste de recommandations… à suivre de toute urgence.

 

 

 

 

 

[i] “La pollution numérique, qu’est-ce que c’est ? “ https://www.greenpeace.fr/la-pollution-numerique/

[ii] “Numérique : le grand gâchis énergétique“ https://lejournal.cnrs.fr/articles/numerique-le-grand-gachis-energetique

[iii] “Serveurs, réseaux, terminaux : l’impact environnemental du net à la loupe (L’ère des données 1.2) “ https://www.rtbf.be/info/medias/detail_serveurs-reseaux-terminaux-l-impact-environnemental-du-net-a-la-loupe-l-ere-des-donnees-1-2?id=10378212

[iv] https://lejournal.cnrs.fr/articles/numerique-le-grand-gachis-energetique

[v] “Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne“, Shift Project https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2019/07/2019-01.pdf

[vi] Réseau Sandvine (éditeur d’analytics)

[vii] “Computers and the Environment: Understanding and Managing their Impacts“, Ruediger Kuehr et Eric Williams, Kluwer Academic Publishers, 2003.

[viii] “Thousands of Tonnes of E-Waste is Shipped Illegally to Nigeria Inside Used Vehicles”, https://unu.edu/media-relations/releases/pip-press-release.html

[ix] “Dark skies, bright future: overcoming Nigeria’s e-waste epidemic“, UN Environment https://www.unenvironment.org/news-and-stories/story/dark-skies-bright-future-overcoming-nigerias-e-waste-epidemic

[x] Cyber Cleanup, World Cleanup Day – France https://www.worldcleanupday.fr/wp-content/uploads/2020/04/CybercleanUp-8-recettes-faciles.pdf

[xi] “Quelle démarche Green IT pour les grandes entreprises françaises ?“, WWF

https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2018-10/20181003_etude_wegreenit_d%C3%A9marche_green_it_entreprises_francaises_WWF-min.pdf?utm_source=website&utm_campaign=etude%20wegreenit

 

 

Pour aller plus loin :

Pour en une vision d’ensemble de l’impact mondial des géants du numérique https://www.greenpeace.org/usa/global-warming/click-clean/

Pour se familiariser avec les bonnes pratiques de « civisme numérique » par temps de coronavirus

https://kevinguerin.fr/fr/blog/coronavirus-civisme-numerique

Et pour creuser encore plus loin : https://institutnr.org/bibliographie-nr